Les mots de Claudio Parmiggiani

« Luce, luce, luce » de Claudio Parmiggiani est une oeuvre inspiré et inspirante, et pas seulement pour les visiteurs et photographes… Lors de la discussion de dimanche dernier, à l’Hôtel de l’Image juste au-dessus de l’immense véhicule de la déesse ORLAN, Sylvain Amik a parlé du « silence » de cet « objet ordinaire ». Et puis chacun a pu apprécier les mots élégants et sans emphase de Claudio Parmiggiani lui-même. Les voici, d’abord traduits en français par Yannick Piel, puis dans leur langue d’origine pour les puristes et grands amateurs…

 

« Dans le temps, les artistes peignaient des compositions intitulées “Vanitas”.

Autour d’un crâne humain, un luth aux cordes distendues, une chandelle sur le point de s’éteindre, pour nous rappeler la fugacité de notre passage.

Au centre d’une couronne mystique qui protège Pierredon, sur la cime rocheuse d’une colline, comme un Golgotha âpre, une longue échelle d’acier, marche vers les étoiles, s’appuie contre le ciel et rappelle images et souvenirs.

Cette échelle est mon échelle ancestrale, ma vanitas personnelle. Les pierres célestes qui la traversent sont mon emblème. Cailloux, comme des dés jetés au hasard dans l’obscurité du néant. Membra disiecta éparpillés dans le ciel.

Je viens de la constellation des Poissons, moi aussi, souffle dans le vide, né de la nuit, sous le ciel de Kant. Comme un talisman et une relique sacrée, je conserve avec moi un fragment d’étoile, une petite pierre qui me relie à une longue histoire obscure. Laissant errer mon regard, ma main reconnaît dans cette pierre ma propre mer de la Tranquillité.

Quelle oeuvre pour Pierredon ? Peut-être une échelle angélique, un symbole zodiacal de la vie, un fragment d’infini.

Je tenterai de décrire cette oeuvre sans prononcer de jugement. Cela revient à d’autres. Un artiste n’est jamais à même de juger de son oeuvre. Une image ne peut se raconter par des mots. En face d’une image, les mots ne sont pas vides, les mots ne sont que de l’eau.

D’autre part, ce n’est pas le visible qui doit être illustré, mais ce que nous ne voyons pas. Nous ne représentons pas les choses telles que nous les voyons, nous ne connaissons, ni ne voyons les choses telles qu’elles sont. Nous ne voyons que ce que nous ressentons.

Un artiste montre les choses comme on voudrait qu’elles soient. Une oeuvre est comme une porte invisible que nous traversons pour sortir de ce monde et entrer dans un autre. Comme un pont jeté au milieu du temps.

“Luce, luce, luce”, tel est le titre de l’oeuvre. Même si un titre n’est rien de plus qu’un désir. L’aspiration à insérer au coeur même de son oeuvre un mot non seulement “esthétique” – précisément parce que cette expression rigoureuse, mais aussi froidement académique – prend en notre for intérieur une valeur accrue, plus vive, plus haute; comme une valence de l’éthique civile.

Matériaux essentiels à l’existence de cette oeuvre: le silence, l’espace, le temps. Le temps de Saint Augustin, qui a dit:

“Je dois te confesser, Seigneur, que je ne sais pas ce qu’est le temps. Quand je n’y pense pas, je le sais. Quand j’y pense, je ne le sais pas.”

Que la référence soit la poésie vivante, toujours. Poésie qui est résistance au temps, victoire du Temps Majeur sur le temps mineur.

L’art tragique d’un frère antique, mais resté contemporain pour nous, Vincent van Gogh -Le suicidé de la société- nous l’a appris et nous l’a montré ici même. La vérité, la foi que son art exprime nous aident à vivre, à croire, à résister. Pour cela, son nom nous émeut encore aujourd’hui.

Aucun théâtre, aucune clameur, seul le chant des heures, seul le silence le plus grand.

Sujet de l’oeuvre: l’éternel et l’immuable. »

Et en Italien :

« Un tempo gli artisti dipingevano delle composizioni chiamate vanitas.

Attorno ad un teschio umano, un liuto dalle corde slegate, una candela sul punto di spegnersi, a ricordare il nostro fugace passaggio.

Al centro di una mistica corona a protezione di Pierredon, sulla sommita di un monte, breve ed aspro Golgota, una lunga scala di acciaio, accesa dalle stele, si erge contro il cielo e richiama immagini e memorie.

Questa scala é la mia scala ancestrale, la mia vanitas personale. Le pietre celesti che la attraversano sono il mio emblema. Ciottoli, dadi gettati a caso nel buio del nulla. Membra disiecta  sparse nel cielo.

Provengo dalla costellazione dei Pesci, anch’io soffio dentro il nulla, nato nella notte, sotto il cielo di Kant. Come talismano e sacra reliquia tengo accanto a me un frammento di stella, una piccola pietra che mi restituisce ad una storia lunga e oscura. Lasciandovi errare il mio sguardo e la mia mano riconosco in quella pietra il mio mare della consolazione.

Quale opera per Pierredon? Forse una scala angelica, uno zodiaco della vita, un frammento di infinito.

Cercheró di descrivere questa opera non di darne un giudizio. Questo è compito di altri. Un artista non é mai in grado di giudicare la propria opera. Un immagine non si può dire con le parole.  Davanti a un immagine, le parole non sono nulla, le parole sono acqua.

D’altra parte non é quello che vediamo che dovrebbe essere illustrato ma quello che non vediamo. Noí non rappresentiamo quello che vediamo, non sappiamo e non vediamo le cose come sono. Vediamo quello che sentiamo.

Un artista mostra le cose non come si vorrebbe che fossero. Un’ opera è come una porta invisibile attraversando la quale usciamo dal mondo per entrare in un altro mondo. Come un ponte gettato nel tempo.

Luce, luce, luce, questo il titolo della opera. Anche se un titolo non è que un desiderio.  L’aspirazione a mettere dentro la propria arte una parola non solo “estetica” proprio perché questa espressione cosi rigorosa ma anche cosi gelidamente accademica, assuma dentro di noi un valore ulteriore, piu vivo, piu alto; una valenza civile.

Materiali per l’opera, essenziali alla sua esistenza: il silenzio, lo spazio, il tempo. Il tempo di Sant’ Agostino.

“Debbo confessarti, Signore, che non so cosa sia il tempo. Quando non lo penso lo so. Quando lo penso non lo so.”

Riferimento sia sempre la poesia vivente. Poesia che è resistenza al tempo, vittoria del Grande Tempo sul tempo minore.

L’arte tragica di un fratello antico ma a noi contemporaneo, Vincent Van Gogh, il suicidato della societá, questo ci insegna e ci indica. La veritá, la fede che la sua arte esprime ci aiutano a vivere, a credere, a resistere. Per questo il suo nome amato ancora oggi ci commuove.

Nessun teatro, nessun clamore, solo il canto delle ore, solo altissimo silenzio. Soggetto dell’ opera: l’eterno e l’immutabile. »

 

 



2 commentaires

  1. [...] de Pierredon le 28 juillet à partir de 18h30, puis le dimanche 29 juillet en fin de mâtinée, l’artiste lui-même l’a décrite par ses mots. Même après le festival, chacun peut (discrètement) chercher cette triple [...]

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