Les formes vitales de Yé Li

Mais qu’est-ce donc que cet animal ? Est-ce le squelette d’une forme de vie préhistorique ? Ou l’invention d’une carcasse d’un protozoaire géant de notre futur proche ? Pour créer ces drôles d’animaux en céramique dans le cadre de sa résidence au sein de l’atelier Serra des Baux de Provence, Yé Li, alias Yé Yé, est partie des trois idéogrammes chinois des mots « oiseaux », « poisson » et « animal à quatre pattes ». Elle s’est saisie de sa matière, a travaillé sa terre crue, l’a cuite comme il se doit dans son petit four et a ainsi obtenu cette forme étrange née de sa libre interprétation des trois idéogrammes. Yé Li a inventé une technique : la forme initiale est fabriquée en mousse cousue, puis la terre est déposée autour. Ensuite, dans le four, la chaleur dissout la mousse comme si seul l’esprit de l’animal subsistait dans la pièce de porcelaine.

Ces animaux impossibles ont un trou à la place des yeux, et semblent marcher sur leurs dents. Ce trou, justement, est comme un espace ouvert à l’interprétation de tous. Chaque pièce de cet étrange troupeau, unique, raconte sa propre histoire de métamorphose, chemin incertain vers un être peut-être pas si loin de l’humain, du moins dans son essence.

La jeune artiste, née dans l’ex Mandchourie avant de faire des études de design, de cinéma et d’art entre Paris et Limoge, cultive les paradoxes. A l’image de son précédent travail, « Rêve de légumes », réalisé à partir de légumes recouverts de terre puis cuits, elle aime la matière mais adore tout autant la laisser s’évanouir. A l’instar de l’échelle tendue vers l’infini de Claudio Parmiggiani à l’Abbaye de Pierredon, elle navigue avec finesse entre la terre et l’air, le lourd et le léger, le fini et l’infini, le visible et l’invisible…